Le GR20 a une réputation, et elle est méritée : c'est le sentier de grande randonnée le plus exigeant d'Europe. Environ 180 kilomètres à travers la Corse, du nord au sud, pour près de 11 000 mètres de dénivelé positif cumulé sur une quinzaine d'étapes. On n'y « fait pas une rando » — on prépare une traversée. Et la différence entre ceux qui arrivent à Conca et ceux qui abandonnent à Vizzavona se joue rarement sur la forme physique seule : elle se joue sur les erreurs qu'on aurait pu éviter.
Chez Nomad Society, on préfère vous les dire franchement, avant le départ, plutôt que vous les laisser découvrir au troisième col sous l'orage. Voici les pièges classiques du GR20 — et comment les déjouer.
Sous-estimer le dénivelé
C'est l'erreur reine. On regarde les 180 kilomètres et on se rassure ; on oublie de regarder les 11 000 mètres de dénivelé. Le GR20 ne se marche pas, il se grimpe et se descend, souvent sur des passages rocheux, des dalles, des chaînes. Une étape de 12 kilomètres peut demander 7 heures d'effort réel.
La parade n'est pas de « faire du sport » vaguement, mais de s'entraîner spécifiquement : de la marche régulière avec un sac chargé, en cherchant le dénivelé plutôt que la distance. Vos genoux vous remercieront surtout à la descente, là où le GR20 fait le plus de dégâts. Deux à trois mois de préparation ciblée changent radicalement l'expérience. Et le jour J, une paire de bâtons de randonnée soulage réellement les articulations sur les descentes techniques — ce n'est pas un accessoire de confort, c'est de la mécanique préservée.

Partir avec un sac trop lourd
Sur le GR20, chaque kilo se paie au dénivelé, multiplié par quinze jours. L'erreur la plus punitive est de charger « au cas où » : on emporte trois tenues, la grosse trousse de secours, le matériel de bivouac complet alors qu'on dort en refuge. Le sac idéal tourne autour de 8 à 10 kg hors eau et nourriture.
La bonne discipline se prend avant le départ, pas au premier col : on étale tout, on pèse, on enlève. Un sac à dos bien conçu de 40 à 50 litres porté près du corps fait une différence énorme sur la fatigue cumulée. Et ne négligez pas le poste chaussures : une paire de chaussures de randonnée à tige montante, rodée sur plusieurs sorties avant le GR20, est votre meilleur investissement. Des chaussures neuves sur le GR20, c'est la garantie d'ampoules dès l'étape 2.

Ne pas réserver les refuges à l'avance
En haute saison — grosso modo de juin à septembre — les refuges du GR20, gérés par le Parc naturel régional de Corse, se remplissent vite. Arriver le soir en espérant une place libre est un pari risqué qui peut vous forcer à enchaîner deux étapes, sur un sentier où doubler une journée relève de l'exploit.
Réservez vos nuitées en amont, dès l'ouverture des créneaux, en calant votre itinéraire étape par étape. Cette planification n'enlève rien à l'aventure : elle vous évite juste de la transformer en course contre la nuit. Notez votre plan de marche noir sur blanc — c'est exactement le genre de chose qu'un carnet de route garde à portée de main quand le téléphone est déchargé.

Ignorer la météo corse
La montagne corse ne prévient pas. Une matinée radieuse peut virer à l'orage violent en début d'après-midi, avec foudre sur les crêtes, brouillard qui efface le balisage, puis chaleur écrasante une heure plus tard. Ignorer la météo, c'est s'exposer au vrai danger du GR20 — bien plus que la difficulté physique.
La règle des habitués : partir tôt, souvent avant le lever du jour, pour boucler les passages exposés avant les orages d'après-midi. Consultez la météo chaque soir pour le lendemain, et acceptez de rester au refuge si le ciel se ferme — une étape reportée vaut mieux qu'une crête sous la foudre. Une bonne veste imperméable et respirante reste au sommet du sac, jamais au fond : sur le GR20, on l'enfile en cinq minutes, pas en cinquante.
Choisir la mauvaise période
Erreur souvent oubliée : le calendrier. Trop tôt (juin, voire mai selon l'enneigement), et le nord du GR20 peut encore garder des névés qui rendent certains passages techniques dangereux sans matériel adapté. En plein cœur de juillet-août, ce sont l'affluence et la chaleur qui piquent. La fenêtre la plus confortable pour beaucoup de marcheurs se situe en septembre : refuges moins pleins, températures plus clémentes, névés fondus. Renseignez-vous sur les conditions d'enneigement de l'année avant de fixer vos dates.

Négliger l'eau, le ravitaillement… et l'assurance
Trois oublis qui coûtent cher. L'eau d'abord : entre deux refuges, les points de ravitaillement ne sont pas garantis, surtout en fin de saison quand certaines sources tarissent. Partez chaque matin avec une réserve suffisante et repérez les points d'eau de l'étape. Le ravitaillement ensuite : tout ne se trouve pas en refuge, et prévoir ses en-cas énergétiques évite le coup de barre au pire moment.
Enfin, l'oubli le plus silencieux : l'assurance. Sur un terrain aussi engagé, une entorse ou une chute peut nécessiter une évacuation — parfois par hélicoptère. Une assurance randonnée incluant la recherche et le rapatriement coûte peu au regard de ce qu'elle couvre. C'est le genre de ligne qu'on espère ne jamais utiliser, et qu'on est très soulagé d'avoir souscrite le jour où.
Vouloir aller trop vite
Dernière erreur, plus insidieuse : l'ego. Beaucoup partent en visant un temps record, doublent des étapes les premiers jours… et cassent au milieu du parcours, épuisés ou blessés. Le GR20 se respecte : il récompense la régularité, pas la précipitation. Mieux vaut arriver entier à Conca en quinze jours que de rentrer sur béquilles à la moitié. Écoutez votre corps, gardez de la marge, et savourez — c'est une des plus belles traversées d'Europe, pas un chrono.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour faire le GR20 ?
Comptez en général 15 à 16 jours pour la traversée intégrale (nord-sud, de Calenzana à Conca). Les marcheurs très entraînés le bouclent en moins, mais vouloir aller trop vite est justement l'une des erreurs les plus fréquentes.
Le GR20 est-il vraiment le plus difficile d'Europe ?
Il en a la réputation, principalement à cause de son dénivelé cumulé (près de 11 000 m), de ses passages rocheux et techniques, et de la durée de l'effort. Il reste accessible à un randonneur bien préparé et correctement équipé.
Faut-il réserver les refuges à l'avance ?
Il en a la réputation, principalement à cause de son dénivelé cumulé (près de 11 000 m), de ses passages rocheux et techniques, et de la durée de l'effort. Il reste accessible à un randonneur bien préparé et correctement équipé.
Quelle est la meilleure période pour le GR20 ?
De la mi-juin à septembre selon l'enneigement. Septembre offre souvent le meilleur compromis : moins de monde, chaleur plus supportable et névés fondus. Vérifiez toujours les conditions de l'année en cours.


